Sénégal : libération de plusieurs membres de la société civile et de l’opposition

Une dizaine de détenus, membres de la société civile et du parti « Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité » (Pastef, dissous), ont bénéficié jeudi d’une liberté provisoire, a constaté le correspondant d’Anadolu. Parmi eux, figure Aliou Sané, coordonnateur du mouvement citoyen « Y en a marre », Toussaint Manga, ancien député membre de Pastef, Djamil Sané, maire des Parcelles Assainies à Dakar.

Tous ont été libérés sans pour autant être jugés, en dépit des charges pour lesquelles ils ont été inculpés, dont notamment « Association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » et « Appel à l’insurrection ». Ilsont été arrêtés à la suite des événements de mars 2021 et juin 2023.

Lors d’un point de presse tenu jeudi dans la matinée par le collectif des « Détenus politiques » ayant été libérés, Seydi Gassama directeur exécutif d’Amnesty international au Sénégal assurait que la justice disposait « des voies et moyens pour libérer les détenus sans pouvoir passer par une loi d’amnistie ».

La loi d’amnistie est, selon lui, un moyen pour le pouvoir pour l’élargir à des crimes économiques.

« Tous ceux qui ont été jugés ont été purement et simplement relaxés. Personne n’a été déclaré coupable. Souvent quand ils veulent mettre la forme, ils disent un mois de sursis alors que la personne a fait un an ou plus en prison », a insisté Pape Fara Ndiaye, vice coordonnateur du collectif et ancien détenu, assurant que pas moins d’un millier de détenus politiques sont encore en prison.

Cette série de mise en liberté s’inscrit dans le cadre de la volonté du président Macky Sall d’apaiser le pays qui traverse une crise aiguë suite au report de la présidentielle du 25 février.

« J’engagerai un dialogue national ouvert afin de réunir les conditions d’une élection libre transparente et inclusive dans un Sénégal apaisé et réconcilié », avait assuré Sall à l’occasion de son discours à la nation, le 3 février, pour annoncer l’abrogation du décret convoquant les électeurs pour le scrutin.

Dans cette dynamique, le président Sall demandait, à travers le communiqué du conseil des ministres du 7 février, au Gouvernement, notamment au Garde des Sceaux, ministre de la Justice de prendre les dispositions nécessaires « pour matérialiser sa volonté de pacifier l’espace public dans la perspective du dialogue national et de l’organisation de la prochaine élection présidentielle ».

L’Assemblée nationale, réagissant à l’abrogation du décret convoquant les électeurs, a validé le report de la présidentielle au 15 décembre à l’issue d’une plénière assez agitée.

Les premières manifestations d’envergure ont éclaté le 9 février dans plusieurs localités du pays. Au moins trois personnes ont perdu la vie lors desdites manifestations.

Plusieurs organisations ont sonné la mobilisation pour le respect du calendrier électoral et de la Constitution.

Après « Aar sunu élection » (sécuriser notre élection en langue locale), dont la marche silencieuse est programmée le 17 février après l’interdiction de la première du 13 février par le préfet de Dakar, le F24 (Forces vives de la nation 2024) compte organiser une mobilisation vendredi 16 février en périphérie dakaroise (Parcelles Assainies).

Dans la foulée de ces événements, des candidats à la présidentielle ont déposé des recours au Conseil constitutionnel aux fins de poursuite du processus électoral.

La Haute juridiction est instamment attendue pour délibérer sur l’affaire.

Abba DIEDHIOU

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